Quelle est la règle du 3,6,9,12 ?

Proposée en 2008 par le psychiatre Serge Tisseron, la règle 3-6-9-12 fixe quatre âges repères pour introduire les écrans dans la vie d’un enfant. Pas d’écran avant 3 ans, pas de console personnelle avant 6 ans, pas d’Internet accompagné avant 9 ans, pas d’Internet seul avant 12 ans.

Depuis sa formulation, le paysage réglementaire français a sensiblement évolué, au point de modifier la portée même de ces balises.

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Ce que la réglementation française a changé depuis 2024

La règle 3-6-9-12 est restée pendant plus d’une décennie une recommandation portée par des professionnels de santé et des associations, sans ancrage réglementaire direct. La situation a basculé en deux temps.

Le 30 avril 2024, un rapport remis au président de la République a proposé un cadre plus strict : déconseiller les écrans jusqu’à 6 ans, ne pas donner de téléphone avant 11 ans et repousser l’accès au smartphone connecté à 13 ans. Ces seuils durcissent la grille historique de Tisseron, notamment en doublant la période sans écran (de 3 à 6 ans).

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Puis, à partir du 1er janvier 2025, le carnet de santé a intégré un repère explicite « zéro écran avant 3 ans ». Ce n’est plus une simple préconisation associative : le document est remis à toutes les familles à la naissance.

Dernier étage : un arrêté du 27 juin 2025 a interdit l’exposition aux écrans des enfants de moins de 3 ans dans les structures d’accueil collectives et chez les professionnels de l’accueil individuel. Crèches, assistantes maternelles, haltes-garderies sont désormais concernées par une obligation légale, là où il ne s’agissait auparavant que d’une recommandation.

Thérapeute expliquant la règle du 3 6 9 12 sur un tableau blanc dans un cabinet médical

Balises 3-6-9-12 : le détail des quatre paliers pour les parents

Chaque seuil d’âge correspond à une étape de développement de l’enfant et à un type d’accompagnement parental précis.

Avant 3 ans : aucun écran

Le cerveau du jeune enfant se construit par les interactions directes, le langage oral, le jeu libre et la manipulation d’objets. Un écran, même allumé en fond sonore, capte l’attention et réduit ces échanges. La recommandation ne vise pas uniquement la tablette posée devant l’enfant : la télévision allumée dans la pièce est aussi concernée.

De 3 à 6 ans : écrans partagés, jamais personnels

L’enfant peut découvrir un contenu numérique sur une tablette ou une console familiale, à condition que l’usage reste encadré par un adulte. Serge Tisseron insiste sur un point souvent négligé : l’enfant ne doit pas être propriétaire de l’outil numérique. Un appareil personnel rend beaucoup plus difficile la régulation du temps passé.

De 6 à 9 ans : découverte accompagnée d’Internet

L’enfant commence à utiliser Internet, mais toujours avec un parent ou un adulte à proximité. C’est la période où l’on peut expliquer les bases : la différence entre un contenu fiable et une information douteuse, le fonctionnement d’un moteur de recherche, la notion de données personnelles.

De 9 à 12 ans : autonomie progressive en ligne

L’accès à Internet seul ne se fait qu’après 12 ans révolus, ce qui implique concrètement de ne pas offrir de smartphone avant 13 ans, puisque l’appareil donne un accès permanent au réseau. Entre 9 et 12 ans, l’accompagnement porte sur la protection des échanges, le respect d’autrui en ligne et la gestion du temps.

Temps d’écran : pourquoi le seuil horaire ne suffit plus

Pendant plusieurs années, le débat public s’est focalisé sur le nombre d’heures passées devant un écran. Les recommandations récentes déplacent l’attention vers un autre terrain.

Le Haut Conseil de la santé publique recommande d’adapter l’accompagnement à l’âge de l’enfant, au contenu consulté et au type d’écran, plutôt que d’appliquer un seuil horaire universel. Parmi les repères concrets :

  • Éviter les écrans dans l’heure précédant le coucher, car la lumière bleue et la stimulation cognitive perturbent l’endormissement
  • Ne pas installer d’écran dans la chambre de l’enfant, quel que soit son âge
  • Distinguer un usage passif (vidéo en boucle) d’un usage actif (création, jeu éducatif accompagné) qui n’a pas les mêmes effets sur le développement

Les données françaises récentes montrent aussi une forte variation du temps d’écran selon les jours de la semaine et le contexte familial. Un même enfant peut avoir des usages très différents en semaine et le week-end, ce qui rend les moyennes peu représentatives de la réalité quotidienne.

Femme écrivant la règle du 3 6 9 12 dans un journal intime à la table de sa cuisine

Règle 3-6-9-12 et balises 3-6-13-18 : deux grilles complémentaires

En 2020, Serge Tisseron a créé les balises 3-6-13-18 pour prendre en compte un phénomène absent du cadre initial : l’intelligence artificielle. Ces nouvelles balises prolongent la logique des âges repères vers l’adolescence, en intégrant les risques liés aux algorithmes de recommandation, aux contenus générés automatiquement et à l’impact sur l’imagination des jeunes.

La grille originale reste pertinente pour les premières années. Les balises 3-6-13-18 s’adressent davantage aux parents d’adolescents confrontés à des environnements numériques plus complexes que ceux de 2008.

La règle 3-6-9-12 repose sur trois principes que Tisseron appelle le « triple A » :

  • Accompagner l’enfant dans l’ensemble de ses activités, avec ou sans écran
  • Alterner systématiquement les activités numériques et non numériques
  • Apprendre à l’enfant l’autorégulation, une compétence qui n’atteint sa pleine maturité qu’à l’âge adulte

Le passage d’une recommandation associative à un cadre réglementaire (carnet de santé, arrêté sur les modes d’accueil) donne aujourd’hui à ces repères une portée que leur concepteur n’avait probablement pas anticipée en 2008. La grille n’a pas force de loi pour les familles, mais les professionnels de la petite enfance sont désormais tenus par des obligations précises sur le volet « zéro écran avant 3 ans ».