L’État lance une campagne contre le harcèlement en milieu scolaire

Un élève qui change de comportement, qui ne veut plus aller en cours, qui s’isole à la récréation : ces signaux, beaucoup de parents et d’enseignants les repèrent sans toujours savoir comment réagir. La campagne contre le harcèlement en milieu scolaire lancée par l’État vise précisément à structurer cette réaction, du repérage jusqu’à la prise en charge.

Elle s’appuie sur des dispositifs déjà en place, mais les renforce avec de nouveaux outils de détection et une chaîne de signalement plus formalisée.

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Questionnaires de repérage en établissement scolaire : ce qui change

Les concurrents détaillent surtout les clips vidéo et les slogans. Le volet le moins visible de la campagne concerne pourtant un changement de méthode dans le repérage des situations de harcèlement.

Un projet de dispositif prévoit désormais des questionnaires distincts sur le harcèlement et les violences sexistes et sexuelles, adaptés selon le niveau scolaire. Ces questionnaires seraient passés au moins une fois par an, dans les établissements publics comme dans le privé sous contrat.

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Pourquoi des questionnaires séparés ? Parce qu’un élève de CM2 ne vit pas les mêmes formes de violence qu’un lycéen. Adapter les questions au vécu réel des enfants augmente la fiabilité des réponses. La mesure restait toutefois en cours de validation au moment de la recherche, et ne doit pas être considérée comme définitivement applicable partout.

Un problème de comparaison statistique

Vous avez peut-être lu que le harcèlement scolaire baisse ou augmente selon les sources. La réalité est plus nuancée. La DEPP (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) indique que les résultats de la journée nationale de novembre 2025 ne sont pas comparables aux éditions précédentes. La raison : le questionnaire n’était plus anonyme.

Ce changement de protocole empêche toute conclusion rapide sur l’évolution du phénomène. Un parent ou un enseignant qui lirait un titre alarmiste ou rassurant sur les chiffres du harcèlement doit garder cette limite en tête.

Enseignant médiateur entre deux élèves dans une salle de classe, campagne contre le harcèlement

Signalement du harcèlement scolaire : la chaîne de traitement formalisée

Savoir qu’un numéro d’aide existe ne suffit pas. Encore faut-il comprendre ce qui se passe concrètement quand une situation est signalée dans un établissement.

Le dispositif repose sur une procédure précise que le chef d’établissement doit suivre :

  • Protéger immédiatement la victime et l’éloigner de la situation de danger, même temporairement.
  • Entendre séparément la victime, les auteurs présumés et les témoins, pour recueillir des versions non influencées les unes par les autres.
  • Informer les familles de toutes les parties concernées et consigner les faits dans l’application « Faits établissement ».
  • Transmettre la situation au procureur de la République lorsqu’elle est grave ou persistante.

Cette formalisation change la donne. Avant, la réponse dépendait largement de la sensibilité individuelle du personnel. Avec cette chaîne opérationnelle, chaque étape du signalement est tracée et documentée.

Le rôle du 3018 au-delà de l’école

Le 3018, numéro national contre le cyberharcèlement, est désormais intégré à une stratégie qui dépasse le cadre scolaire. Il est relayé sur des plateformes comme France.tv, Okoo et Lumni, ainsi que sur les réseaux sociaux fréquentés par les jeunes.

L’idée est simple : un enfant harcelé en ligne ne fait pas la distinction entre ce qui se passe à l’école et ce qui se passe sur son téléphone. Le 3018 couvre les deux espaces, scolaire et numérique.

Programme Phare et formation des adultes en milieu scolaire

Le programme Phare (Prévenir le Harcèlement et Agir avec Respect) constitue le socle de la politique de lutte contre le harcèlement à l’école. Son principe : former des équipes ressources dans chaque établissement, composées de personnels volontaires capables d’intervenir dès les premiers signaux.

Ce qui distingue Phare d’une simple campagne d’affichage, c’est la formation systématique des adultes au contact des élèves. Enseignants, CPE, personnels de vie scolaire : tous sont censés savoir identifier une dynamique de harcèlement et déclencher le protocole adapté.

Le programme inclut aussi la formation d’élèves ambassadeurs. Ces élèves volontaires apprennent à repérer les situations d’isolement parmi leurs camarades et à alerter un adulte référent. L’approche par les pairs fonctionne parce qu’un enfant parlera plus facilement à un camarade formé qu’à un adulte qu’il connaît peu.

Groupe d'élèves discutant d'une affiche de la campagne nationale contre le harcèlement scolaire

Prix « Non au harcèlement » : un levier de prévention par les élèves

Chaque année, le prix « Non au harcèlement » invite les classes à produire des supports de sensibilisation (affiches, vidéos, podcasts). Ce n’est pas un concours anecdotique. Il oblige les élèves à se mettre à la place de la victime, à comprendre les mécanismes du harcèlement et à formuler un message clair.

Impliquer les élèves dans la création du message de prévention produit un effet que les campagnes descendantes n’obtiennent pas : l’appropriation. Un clip réalisé par des collégiens circule davantage dans la cour qu’une affiche ministérielle.

Le prix est ouvert du primaire au lycée. Les projets sont évalués sur leur qualité de sensibilisation, pas sur leur qualité technique. Un dessin au feutre bien pensé peut l’emporter sur une vidéo professionnelle.

Ce que les parents peuvent faire concrètement face au harcèlement

La campagne de l’État fournit un cadre. Les parents restent le premier maillon de détection. Quelques repères concrets :

  • Observer les changements de comportement durables : refus d’aller à l’école, troubles du sommeil, repli sur soi, chute des résultats.
  • Poser des questions ouvertes sans minimiser ce que l’enfant raconte, même si les faits semblent anodins.
  • Contacter directement le chef d’établissement par écrit pour formaliser le signalement et garder une trace.
  • Appeler le 3018 pour le cyberharcèlement si l’établissement ne réagit pas.

Un signalement écrit adressé au chef d’établissement déclenche l’obligation de traitement. Un échange oral dans le couloir, non. La trace écrite protège l’enfant et engage la responsabilité de l’institution.

La campagne de l’État structure des réflexes qui existaient de manière dispersée. Le repérage par questionnaires, la chaîne de signalement formalisée et la formation des adultes forment un ensemble cohérent. Le maillon le plus fragile reste la détection précoce, celle qui se joue à la maison, dans la cour ou sur un écran, bien avant qu’un protocole officiel ne s’enclenche.